Retour sur un questionnaire

  • Yvan Lavallée

Le Parti communiste va entrer en congrès, extraordinaire ou pas, peu importe, il faut se donner le temps de la réflexion. A cet effet, un questionnaire a été nvoyé à tous les communistes pour savoir comment structurer la discussion. J'ai fait une première réponse cursive à ce questionnaire envoyée à la commission idoine. Je livre ici une réflexion plus approfondie suite à des discussions approfondies avec le camarade Francis Velain dont j'ai pas mal pillé les idées lorsqu'elles me convenaient.

Sens et actualité du combat communiste[1]

NOTRE PROJET, LA FRANCE EN COMMUN, EST-IL À LA HAUTEUR DES ENJEUX ?

Ma réponse est non à la question telle que posée, mais on peut la poser différemment. Telle quelle, elle ferme le débat

En mettant en premier cette série de questions « nouveaux enjeux à prendre en compte dans le projet, comment susciter l’adhésion au projet, à partir de quelles aspirations de la société, dans quelles luttes ; comment le PCF doit-il incarner ce projet au quotidien dans nos luttes et dans nos combats à plus long terme, refonder des repères et symboles forts identifiant nos combats lesquels et comment ?

 

Pour moi, c’est par cette dernière question qu’il conviendrait de commencer, en restant dans le cadre trop étroit du quiz.

  1. la forme la plus aboutie et la plus synthétique c’est une société sans classes au sens marxiste, c’est-à-dire non basée sur l’extorsion de la plus value créée par le travail humain ;
  2. le communisme est par essence, écologique et humaniste, du commun en actes dès lors que les usines « tourneront toutes seules »
  3. Ce qui pose la « définition » d’une société communiste d’une façon non idéaliste, c’est-à-dire la tension entre « une société où les usines tourneront toutes seules[2] et lorsque le travail sera devenu le premier besoin social de l’homme [3]»

 Comment le PCF doit-il incarner ce projet au quotidien dans nos luttes et dans nos combats à plus long terme

  1. Il s’agit de porter le projet communiste dans la mesure où il existe (voir supra) et le décliner suivant un programme immédiat qui part de la situation actuelle et ouvre des voies vers le projet en question .
  2. Le projet communiste est porteur du souci de l’environnement et de la gestion rationnelle des ressources ça c’est du commun en actes, immé diat et à plus long terme, à la fois programmatique immédiat et dans un projet à plus long terme.
 

[1] Ce texte a bénéficié de longues discussions avec Francis Velain sur le même questionnaire que j’ai allègrement pillé !

[2] Engels dans le livre 3 du Capital :… commence là où cesse le travail, qui est déterminé par la nécessité et l'opportunité imposée de l'extérieur; il se situe donc, par nature, au delà de la sphère de la production matérielle proprement dite 

[3] K. Marx Idéologie allemande.

SUR QUELS DÉFIS DU COMBAT COMMUNISTE DEVONS-NOUS TRAVAILLER EN PRIORITÉ ?

  1. La question posée est La révolution du travail ? A question mal posée, il ne peut y avoir que de mauvaises réponses. La question, comme pointé par F. Velain devrait être : La révolution des forces productives faute de quoi on aura toujours « un train de retard » sur  les modifications du travail, tant par son contenu que de ce qui est du rapport au travail, et donc du conflit de classe et sa structuration.
  2. C’est l’analyse du mouvement des forces productives, de la répartition de la valeur, de l’organisation de l’exploitation capitaliste (salariat et autres modes d’exploitation) et du capital (en tant que classe) qui déterminera la liste des défis et combats à mener en tant que Parti Communiste pour asseoir notre programme et populariser notre projet.
  3.  L’écologie : Le PCF s’est doté en 1970 d’une commission environnement. C’est consubstantiel au combat communiste puisque c’est la condition sine qua none pour que la planète soit vivable à terme.  Mais il faut bien comprendre que c’est incompatible avec « la liberté d’entreprendre » et donc la propriété privée des moyens d’action sur la nature (i.e . les forces productives matérielles) car ça signifie qu’il faut gérer des contraintes au niveau des ressources en tous genres, ce qui in fine  induit, que ça plaise ou non à la nécessité d’une planification.
  4. La lutte contre le coût du capital et les inégalités:
    1. Je ne sais pas trop ce que signifie « coût du capital » c’est un concept immédiat, pas à long terme et inhérent au système capitaliste, mais en posant la question de cette façon, on passe à côté de l’essentiel et on crée des illusions à propos de l’accumulation capitaliste. Le problème est-il de faire baisser le coût du capital ou d’exproprier le dit capital ?
    2. Pour ce qui est des inégalités (lesquelles ?) elles sont consubstantielles au mode de production capitaliste et liées à l’accumulation du capital.  Les inégalités (lesquelles ? –question lancinante -) sont indispensables au fonctionnement du système, et peut-être d’ailleurs de tout système, mais pas forcément les inégalités de même nature (d’où la question lancinante – lesquelles-)
  1. La révolution démocratique : J’ai tendance là à demander « laquelle ? » il n’y a pas de définition universelle d’icelle. Nous sommes en démocratie bourgeoise en France et plus généralement en Europe pour l’essentiel, mais cette démocratie est incapable d’ouvrir l’avenir ni de résoudre la crise profonde dans laquelle on sombre actuellement avec un régime incapable, tant au niveau national qu’international, de faire face aux problèmes auxquels est confrontée l’humanité.
  2.  La transformation de la mondialisation  pour un monde de paix : Le soutien et la participation aux organisations qui luttent pour la résolution pacifique des conflits est indispensable en s’appuyant sur les pays et états qui prônent le désarmement nucléaire dans un premier temps comme la Chine.
  3.  L’émancipation par les savoirs et la culture   Là c’est lié à la vision du communisme de l’idéologie allemande  « quand le travail sera devenu le premier besoin social de l’homme » c’est-à-dire bien sûr quand les usines tourneront toutes seules, et donc que les hommes et femmes auront tout loisir d’apprendre, faire et se cultiver. Dans l’immédiat, c’est intimement lié à la réduction drastique du temps de travail aliéné, et la revendication des 25h par semaine
  4.  La lutte contre le sexisme
  5. La lutte contre le racisme et toutes les discriminations sans doute là faut-il réunir les deux thèmes, sexisme, racisme et discriminations,  il s’agit là de thèmes exclusivement sociétaux que le Parti traite déjà plutôt bien et qui ne peuvent prendre leur plein essor dans une société basée sur l’exploitation. Plus généralement, dans ce que certains ont identifié comme dérive sociétale du Parti, il convient bien sûr de traiter des problèmes sociétaux, mais sans oublier de le faire d’un point de vue de classe.
  6.  La construction d’un monde des Communs : là il nous faut faire attention à ne pas retomber dans une régression idéaliste à « la Proudhon » qui ramènerait le mouvement émancipateur plus d’un siècle en arrière, qui tendrait à changer du tout au tout le combat du Parti en le transformant en « Parti des communs » ou autre, il y a bien du commun dans communisme mais il ya aussi bien plus.

Un commun communiste : une société communiste, donc sans classe est un commun. Je ne peux là que reprendre ce qu’en écrit F . Velain : Une société sans classes est à elle seule un immense commun. Une société tournée vers des solutions communes pour tous les problèmes actuels et à venir. De plus, la prise de parti matérialiste force à prendre en compte naturellement la nature finie des ressources accessibles à l’homme. La gestion de cette contrainte est une des conditions de l’émancipation de tous. Elle est inscrite par essence dans le communisme.

Et cela mène bien évidemment à examiner comment est pris en compte dans les théories des communs ce qui renvoie aux méfaits liés à la liberté d’entreprendre, donc à la propriété privée des moyens d’action sur la nature. Débat évité en règle générale, ou réduit au mieux à une accusation de soif de profit, donc à de l’anticapitalisme qui n’est pas forcément un projet de société sans classes, sans propriété privée

Tout cela éclairerait la stratégie politique de rassemblement.

Bilan et avenir de notre démarche

  1. L’état et les évolutions de la société française Là, le questionnaire pose mal la question Je cite :L’état et les évolutions de la société française.  Les transformations, évolutions, sont intimement liées aux évolutions, transformations des forces productives, c’est cela qu’il convient d’étudier et d’approfondir. Jusqu’à une période récente (env. 2000) il y a évolution des FP et grosso modo, les rapports de production, le façon de produire restent les mêmes tout en évoluant. Maintenant, depuis 2000 nous assistons à une transformation disruptive des FP à travers la révolution numérique (Voir Progressistes n° 5 et 12) et aussi Cyber Révolution de 2005. Il convient dès lors de ré-interroger notre rapport au monde du travail, des transformations sociétales en cours et du rapport de classe. Quand un homme de droite comme Woerth peut dire « ceux qui travaillent sur des plates formes informatiques sont des prolétaires » tout est dit, le capitalisme de plate-formes se met en place et il nous faut revoir nos conceptions sur la façon de lutter et de nous exprimer. Le monde du travail est diversifié, se diversifie de plus en plus et il nous faut  en identifier les différentes composantes et analyser leurs rapports pour pouvoir les organiser et lutter.
  2. Les expériences menées depuis  le lancement du Front de gauche : Mon point de vue là est qu’il faut remonter au-delà du FG, au Front populaire et au CNR. Quelles sont les forces qui se sont rassemblées dans ces périodes historiques, et pourquoi, quel était l’état des forces productives et donc du monde du travail et de la société, quels étaient les rapports de classe, les rapports de forces ? Par exemple, au CNR, le rassemblement va très au-delà des forces dites de gauche, et il y aura des avancées sociales et sociétales qui sont de nature communiste et qui structurent encore plus ou moins la société française (sécurité sociale, EDF, statut de la fonction publique, AP…)
  3. CAMPAGNES DU PCF ET CONSULTATION CITOYENNE :Te semble-t-il important de faire le bilan des campagnes du PCF ? Nombre des campagnes récentes relèvent d’une démarche velléitaire, il n’y a pas de suivi, on passe d’une campagne à une autre sans qu’on y distingue nettement un fil directeur.
    1. C’est le fonctionnement du parti qu’il faut interroger ici et le rôle et la constitution des directions intermédiaires et du CEN.

       COMMENT CRÉER DES DYNAMIQUES DE CHANGEMENT MAJORITAIRES ?

      Est-ce bien la question ? Nul ne peut enfermer l’histoire dans une résolution de congrès, n’est-ce pas là le lit de Procuste ?

       

      1) Que signifie pour nous aujourd’hui la conquête des pouvoirs ? Comment permettre la conquête citoyenne à tous les niveaux. Là plutôt que parler de niveau, il me semble qu’il faudrait parler de lieux, l’entreprise, le lieu du travail, là où se fait concrètement et se vit l’exploitation capitaliste, les syndicats et plus généralement toutes les organisations de masse

       

Les transformations du Parti Communiste

  1. Comment redevenir le parti des classes populaires ? Que cela signifie-t-il ?  masse Que signifie le syntagme « classes populaires » ? Ça n’existe pas ! les « classes populaires » ne sont pas une classe ! Le Parti Communiste est le parti de  classe du prolétariat (et non de la classe des prolétaires !), ce qui ne signifie en rien bien sûr que des non prolétaires n’en puissent faire partie.
  2. La nécessité d’une révision des statuts ! Là je sors du questionnaire pour dire qu’il est nécessaire de revoir les statuts pour redonner au parti une claire capacité d’action. Les exécutifs doivent exécuter clairement les décisions de congrès. Pour ce faire il faut que les exécutifs soient formés APRES que le congrès ait eu lieu et non avant comme c’est actuellement le cas. Proposition :  pour la préparation du congrès, come actuellement, une discussion totalement libre à partir d’un canevas de questions à traiter sur un et un seul texte ouvert. Les cellules, sections élisentdes délégations pour le congrès, la congrès après décisions (et seulement après !) élis une direction, CN et CEN cahrgés de mettre en œuvre les décisions du congrès en fonction des événements, et après les fédérations font de même, elles élisent des directions chargées de mettre en œuvre les décisions du congrès et à un an, on fait un bilan.
  3. Mais cela n’est possible que dans le cas d’une unité idéologique : et cette unité idéologique n’est possible aujourd’hui qu’en relançant en grand les formations dans le Parti, formations élémentaires et autres SYSTEMATIQUEMENT
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